Nouvel Article: 17 Juillet 2018 (Liu et al)

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Les coraux font de la photosynthèse ! (grâce à la symbiose…)
19 Juillet 2018 | Contact: BRUNO LAPEYRE | Communications Biology

Les coraux bâtisseurs de récif vivent dans des eaux tropicales plutôt pauvres en nutriments. Mais ils tirent leur énergie d’une petite algue unicellulaire, Symbiodinium, qui vit en symbiose dans leurs tissus et leur apporte, par la photosynthèse, les nutriments qui leur sont nécessaires. La comparaison des génomes de Symbiodinium avec des algues non-symbiotiques révèle l’existence de tout un ensemble de gènes qui leur ont permis de s’adapter à la symbiose. Ce travail réalisé avec des chercheurs australiens et du KAUST vient d’être publié dans la revue Communications Biology.

Les récifs coralliens, au delà d’une image idyllique de lieux paradisiaques, jouent un rôle très concret : ils permettent le développement d’une flore et d’une faune locale très abondante de même qu’ils permettent aussi à de très nombreuses espèces marines de trouver un habitat temporaire leur permettant d’accomplir une phase cruciale de leur développement. Certains auteurs estiment ainsi que 30 à 40% de toutes les espèces marines présentes sur notre planète ont besoin, à un moment ou à un autre de leur développement, de la présence des récifs coralliens. Or, les récifs dépendent bien entendu de la bonne santé des coraux qui les bâtissent.

Ces dernières années, malheureusement, les épisodes de « blanchissement » des coraux sont devenus de plus en plus fréquents à travers les océans. Activité humaine, réchauffement climatique, pollution, émergence de nouvelles maladies, les raisons sont sans doute nombreuses et complexes, mais toutes concourent à cet effet : le corail perd ses couleurs car il perd sa précieuse algue symbiotique, Symbiodinium, qui lui apporte énergie, nutriments et sans doute bien plus encore.

Cette petite algue si importante est pourtant encore mal connue. Il faut dire qu’elle ne se prête pas facilement à l’analyse. Difficile à cultiver en laboratoire en dehors de son hôte, avec des temps de croissance très longs. Des génomes de grande taille, comportant un très grand nombre de gènes. De l’ADN très inhabituel, tant dans sa structure, sa composition en nucléotides que dans les protéines qui l’habillent. Afin de mieux comprendre les clés de cette intimité si particulière, nous avons entrepris, avec des chercheurs australiens de Townsville, de Brisbane, de Canberra, de Melbourne, de San Francisco, du KAUST en Arabie Saoudite et du CRIOBE à Moorea, de décrypter les génomes de deux espèces de Symbiodinium et de les comparer à des génomes d’algues apparentées mais non symbiotiques. L’assemblage de très grande qualité que nous avons réalisé permet d’avoir maintenant une vue très complète des gènes de cette algue. Mais il permet aussi de mettre en évidence chez Symbiodinium l’existence de nombreux gènes qui ont évolué de manière à permettre à cette algue de s’adapter à la symbiose avec les coraux.

Ce travail va offrir une base de recherche des processus complexes mis en jeu lors de la symbiose, de mieux comprendre comment ceux-ci sont perturbés lors du blanchissement et permettre de chercher des voies pour y remédier.

RÉFÉRENCE
Liu et al (2018). Symbiodinium genomes reveal adaptive evolution of functions related to coral-dinoflagellate symbiosis. Communications Biology, Volume 1, Article number: 95.

CONTACT
Bruno LAPEYRE | bruno.lapeyre@criobe.pf (Polynésie)